Cheikh Ahmed Tidjane : page 1

Cheikh Ahmed Tidjani


Sidi Ahmed est né à Aïn Maadi, en l'an 1150 de l'hégire. Maints poèmes furent composés pour commémorer cette naissance. Son père, Sidi Mohammed Ben el Mokhtar Ben Ahmed Ben Mohammed Ben Salem était d'une vaste érudition. Sa mère est la fille de Mohammed Ben Sanoussi. Les deux furent atteints de la peste et moururent le même jour, en 1166 h. les membres de cette noble famille furent, pour la plupart, d'éminents polyvalents, notamment dans les sciences islamiques. Son neveu maternel Abdellah el Maadâwy, réputé par ses connaissances générales, principalement dans les sciences mathématiques, fut, comme les autres, un grand soufi. Le jeune Ahmed eut l'heur de vivre toute la fleur de son âge, dans l'ambiance saharienne de ce groupe harmonieux, élevé dans le cadre d'un pur sounnisme. Dès son premier septennat, il apprit tout le Coran par cœur, les recueils didactiques, pour devenir, dès la fin de sa deuxième décennie, un grand Alem, juriste et homme de lettres. Les gens affluaient, de toutes parts pour le consulter et profiter de sa double culture, à la fois exotérique et ésotérique. À peine âgé de seize ans, le jeune Tijani avait accédé au rang de mufti, non seulement sur le plan de la Charia, en tant que jurisconsulte, mais dans le forum plénier des sciences et arts islamiques où il excellait. Les cours qu'il donnait dans les mosquées, les controverses qu'il animait avec l'élite intellectuelle de ses contemporains, proéminents dans leur spécialité, lui assurent une large suprématie, sur le plan exotérique. Son critère foncier, qui le distinguait et le marquait dans la fleur de son adolescence, fut son attachement indélébile à un sunnisme authentique. Il fit un pèlerinage à la Mecque, où il arriva juste après le mois de Ramadan de l'an 1187 de l'ère hégirienne. C'est là qu'il rencontra le Grand Cheikh, l'Indien Ahmed Ben Abdellah. Puis il se rendit à Médine. Son retour à Tlemcen, en 1188h, couronna donc, tout un processus miraculeux de manifestations théophaniques. C'est là qu'il a pu rencontrer son premier disciple, Sid Mohammed Ben Mohammed El Mechry de Tekret, (région de Constantine). Après un long séjour à Tlemcen, il reprit en 1191h, le chemin à Fès, aspirant ardemment, à un recueillement intime auprès de l'illustre Qotb Moulay Idriss à Fès. Il rencontra alors à Oujda, son deuxième disciple, Sidi Ali Harazem, futur auteur de Jawahir el Maâny (Perles des Idées). Cet ouvrage, élaboré sur ordre du Cheikh, est devenu le compendium de la Tariqa et de la Haqiqa, dicté, dans sa majeure partie, par le promoteur de la Tijania.

Fès,Ultime demeure du Cheikh Tijani:

Après un périple, entre Abi Samghoûn, au Sahara Oriental et Tlemcen, le Cheikh Sidi Ahmed s'installa à Fès, sa demeure préférée, en l'an 1213h / 1798 ap.J. Son influence grandissante à Aïn Maâdi et au Sahara, inquiétait le Gouvernement Turc qui alla jusqu'à imposer un tribut annuel à Aïn Maâdi, en 1199 h / 1785 ap.J. La capitale Idrisside était alors le Centre d'épanouissement de l'Afrique (1). Son rayonnement est étayé par la grande Université de la Qaraouyène, édifiée en l'an 245h / 859 ap.J., bien avant l'Université de l'Azhar au Caire 359 h / 969 ap.J. ; Fès, étant le Centre africain optimal où s'accomplit la symbiose de la science de la Cité tunisienne de Qaïraouân et de celle de Cordoue, capitale de l'Andalousie omeyyade, à la suite de l'immigration à Fès de centaines de familles des deux capitales de l'Occident musulman. C'est " la Baghdad du Maghreb. " La nouvelle Tariqa Tijania, ainsi dépouillée de toute fissure hérétique, finit par avoir un grand impact. De hautes responsabilités accoururent de toute l'Afrique, attirées par l'éclat du célèbre réformateur dont l'avènement fut une réplique vivante au mouvement wahhabite naissant.

Dahira Nadjina